Qui est Atargatis la déesse syrienne ? | Mythologie | Sirenas
Atargatis

Qui est Atargatis la déesse syrienne ?

Dans l’AntiquitĂ© classique, Atargatis ou Ataratheh Ă©tait la principale dĂ©esse de la Syrie du Nord. CtĂ©sias l’appelait Ă©galement Derketo (en grec ancien), tandis que les Romains la dĂ©signaient sous le nom de Dea Syria, ou simplement Deasura. Elle Ă©tait avant tout une dĂ©esse de la fertilitĂ©, mais en tant que baalat (« maĂźtresse ») de sa ville et de son peuple, elle Ă©tait Ă©galement chargĂ©e de leur sĂ©curitĂ© et de leur bien-ĂȘtre. Son principal sanctuaire se trouvait Ă  HiĂ©rapolis, aujourd’hui Manbij, en Syrie, au nord-est d’Alep.

déesse Atargatis

« La grande maĂźtresse des rĂ©gions de la Syrie du Nord », comme l’appelle Michael Rostovtzeff. Hadad est gĂ©nĂ©ralement son consort.

Les colombes et les poissons lui Ă©taient sacrĂ©s en tant qu’Ataratheh, les colombes reprĂ©sentant la dĂ©esse de l’amour et les poissons la fertilitĂ© et la vitalitĂ© des mers.

D’aprĂšs un rĂ©cit syriaque du IIIe siĂšcle, « En vĂ©nĂ©ration de Taratha, les hommes de Syrie et d’UrhĂąi avaient l’habitude de se castrer. Lorsque le roi Abgar se convertit au christianisme, il ordonna que quiconque s’Ă©masculait soit amputĂ© d’une main. Depuis ce jour, personne Ă  UrhĂąi ne s’est Ă©masculĂ©. »

En raison de son association avec une divinitĂ© au corps de poisson Ă  Ascalon, elle est parfois qualifiĂ©e de dĂ©esse-sirĂšne. Rien ne prouve cependant qu’Atargatis Ă©tait vĂ©nĂ©rĂ©e Ă  Ascalon, et toutes les preuves iconographiques la dĂ©peignent comme anthropomorphe.

Sommaire :

Origine et nom d’Atargatis

Atargatis est considĂ©rĂ©e comme une continuation des divinitĂ©s de l’Ăąge de bronze. Les tablettes cunĂ©iformes dĂ©couvertes Ă  Ugarit attestent d’un certain nombre de dĂ©esses cananĂ©ennes, dont trois sont considĂ©rĂ©es comme importantes pour les idĂ©es sur l’origine d’Atargatis :

  • Airat : Dame de la mer (rabbatu atiratu yammi) et mĂšre des dieux (rabbatu atiratu yammi) sont deux titres donnĂ©s Ă  Airat.
  • Anat : la dĂ©esse de la guerre
  • AĆŁtart : une dĂ©esse de la chasse qui partage le caractĂšre guerrier d’Anat, serait apparentĂ©e Ă  Ishtar et Ishara dans les listes de divinitĂ©s ougaritiennes, et pourrait donc ĂȘtre liĂ©e Ă  l’amour.

Selon John Day, toutes trois avaient de nombreuses caractĂ©ristiques et ont pu ĂȘtre vĂ©nĂ©rĂ©es ensemble ou sĂ©parĂ©ment au cours de plus de 1500 ans d’histoire culturelle.

promo sirenas sculpture sirène

S’il existe des preuves qu’Ashtart et Anat Ă©taient vĂ©nĂ©rĂ©s ensemble, Steve A. Wiggins n’a dĂ©couvert aucune preuve qu’Ashtart ait jamais Ă©tĂ© confondu avec Athirat. Il a Ă©galement soulignĂ© que l’idĂ©e d’Athirat, Anat et Ashtart comme une forme de trinitĂ© (popularisĂ©e par des auteurs comme Tikva Frymer-Kensky) est moderne et ignore le rĂŽle d’autres divinitĂ©s Ă  Ugarit, comme Shapash, ainsi que l’importance du lien d’Athirat avec El.

Atargatis est dérivé du nom araméen Ataratheh, qui présente diverses variantes.

La lĂ©gende ÊżtrÊżth apparaĂźt sur des piĂšces de monnaie de Hierapolis Bambyce (aujourd’hui Manbij) datant d’environ le IVe siĂšcle avant J.-C., pour Atargatis, et ÊżtrÊżth mnbgyb dans une inscription nabatĂ©enne ; un autel Ă  Kafr Yassif prĂšs d’Akko porte l’inscription  » Ă  Adado et Atargatis, les dieux qui Ă©coutent la priĂšre  » ; et le nom complet ÊżtrÊżth apparaĂźt sur un autel Ă  Kafr Yassif.

Selon Robert A. Oden, le nom Atargatis Ă©tait une combinaison de ceux d’Astarte et d’Anat.

Le nom Attaratheh serait une combinaison de la forme aramĂ©enne Attar, qui est un cognat de AĆŁtart sans le suffixe fĂ©minin -t, et de Attah ou At, qui est un cognat de Anat. La seconde moitiĂ© pourrait ĂȘtre un nom divin palmyrĂ©nien Athe (c’est-Ă -dire tempus opportunum), qui peut se trouver dans une variĂ©tĂ© de composĂ©s. Il a Ă©galement Ă©tĂ© suggĂ©rĂ© que le suffixe –gatis fait rĂ©fĂ©rence au mot grec gados, qui signifie « poisson ». (Par exemple, le terme apparentĂ© ketos signifie « monstre marin » ou « baleine » en grec). Par consĂ©quent, Atar-Gatis pourrait ĂȘtre traduit simplement par « la dĂ©esse-poisson Atar« .

Centres de culte et d’images

En raison de la premiÚre partie du nom, Atargatis a été identifiée par erreur à Ashtart à de nombreuses reprises.

Bien que les deux divinitĂ©s soient probablement liĂ©es et partagent de nombreuses caractĂ©ristiques, leurs cultes sont historiquement distincts. Il y a une rĂ©fĂ©rence Ă  un Atargateion ou Atergateion, un temple d’Atargatis, Ă  Carnion en Galaad, dans 2 MaccabĂ©es 12.26 et 1 MaccabĂ©es 5.43, bien que la maison de la dĂ©esse n’Ă©tait incontestablement pas IsraĂ«l ou Canaan, mais la Syrie proprement dite ; elle avait un temple en son honneur Ă  HiĂ©rapolis Bambyce. Elle est reprĂ©sentĂ©e avec un lion sur la monnaie de Palmyre, ou sa prĂ©sence est indiquĂ©e par un lion et un croissant de lune ; une inscription la mentionne.

Atargatis pièce Démétrios III

Elle apparaĂźt avec son Ă©poux, Hadad, dans les temples d’Atargatis Ă  Palmyre et Ă  Doura-Europos, et Ă©tait vĂ©nĂ©rĂ©e sous le nom d’ArtĂ©mis Azzanathkona dans la culture religieuse profondĂ©ment syncrĂ©tique de Doura-Europos. À Niha, au Liban, deux temples bien prĂ©servĂ©s lui sont consacrĂ©s, ainsi qu’Ă  Hadad. Dans les annĂ©es 1930, Nelson Glueck a dĂ©couvert de multiples bustes d’Atargatis en bas-relief nabatĂ©en dans les ruines d’un temple du dĂ©but du Ier siĂšcle de notre Ăšre Ă  Khirbet et-TannĂ»r, en Jordanie. Les lĂšvres et les yeux de la dĂ©esse, Ă  peine voilĂ©s, Ă©taient Ă  l’origine peints en cramoisi, et une paire de poissons se dĂ©fiaient au-dessus de sa tĂȘte. Ses cheveux ondulĂ©s Ă©taient sĂ©parĂ©s au milieu, ce qui lui donnait un aspect aquatique selon Glueck.

À PĂ©tra, la dĂ©esse nord-arabe Ă©tait syncrĂ©tisĂ©e avec la dĂ©esse sud-arabe al-Uzzah, et toutes deux Ă©taient vĂ©nĂ©rĂ©es dans le mĂȘme temple. Le fuseau et le sceptre ou l’Ă©pieu sont deux des qualitĂ©s d’Atargatis Ă  Dura-Europus.

Le vivier sacrĂ© d’Atargatis existe toujours Ă  anlurfa, l’ancienne Édesse, et sa mythologie a Ă©tĂ© transfĂ©rĂ©e Ă  Ibrahim.

Il y avait des Ă©tangs Ă  poissons dans ses temples Ă  Ascalon, HiĂ©rapolis Bambyce et Edessa, avec des poissons que seuls ses prĂȘtres peuvent toucher. « Jusqu’Ă  ce jour, Ă©crit Glueck en 1936, Ă  Qubbet el-Baeddw, un monastĂšre de derviches situĂ© Ă  trois kilomĂštres Ă  l’est de Tripolis, au Liban, il y a un vivier sacrĂ© qui grouille de poissons intouchables. »

Son adoration s’Ă©tendait jusqu’en GrĂšce et jusqu’Ă  l’Ouest le plus lointain de la Syrie. Les prĂȘtres-mendiants qui parcouraient les grandes villes avec une image de la dĂ©esse sur un Ăąne et collectaient de l’argent sont dĂ©crits par Lucian et ApulĂ©e. La grande diffusion du culte est due en partie aux marchands syriens ; on en trouve donc des vestiges dans les grandes villes cĂŽtiĂšres ; Ă  DĂ©los, en particulier, d’innombrables inscriptions tĂ©moignent de son importance. Le culte rĂ©apparaĂźt en Sicile, certainement diffusĂ© par les esclaves et les troupes mercenaires qui l’ont portĂ© jusqu’aux confins septentrionaux de l’Empire romain.

Un Syrien du nom d’Eunus, chef des esclaves rebelles de la premiĂšre guerre servile, prĂ©tendait avoir eu des visions d’Atargatis, qu’il associait Ă  DĂ©mĂ©ter d’Enna.

Syncrétisme

Dans de nombreuses situations, Atargatis, Ashtart et d’autres dĂ©esses aux cultes et aux mythes distincts se sont entremĂȘlĂ©es au point de ne plus ĂȘtre identifiables. Le temple de Carnion, qui est probablement similaire au cĂ©lĂšbre temple d’Ashtart Ă  Ashtaroth-Karnaim, illustre cette combinaison. La femme d’Hadad, Atargatis, est frĂ©quemment vue. Ils sont les divinitĂ©s protectrices de la communautĂ©.

ancienne edesse Atargatis
L’Ă©tang de poissons sacrĂ© d’Atargatis survit Ă  ƞanlıurfa, l’ancienne Edesse, sa mythologie transfĂ©rĂ©e Ă  Ibrahim.

Atargatis est la gĂ©nitrice de la dynastie royale, la fondatrice de la vie sociale et religieuse, la dĂ©esse de la gĂ©nĂ©ration et de la fertilitĂ© (d’oĂč la prĂ©dominance du symbolisme phallique) et la crĂ©atrice d’inventions utiles, et elle porte une couronne murale. Sa ressemblance avec la dĂ©esse grecque Aphrodite n’est pas surprenante. MalgrĂ© ses dĂ©buts en tant que divinitĂ© de la mer, comme Amphitrite, elle Ă©volue vers une magnifique dĂ©esse de la nature, comme CybĂšle et RhĂ©a, grĂące Ă  la fusion de ces diffĂ©rentes fonctions : Elle reprĂ©sente la prĂ©servation de l’eau dans la production de la vie sous un aspect, l’universel de l’autre terre sous un autre, et la force du Destin sous un troisiĂšme (inspirĂ©, sans doute, par l’astrologie chaldĂ©enne).

Lucian l’a Ă©galement associĂ©e Ă  HĂ©ra dans son De Dea Syria.

Mythologie d’Atargatis

Il existe de nombreuses lĂ©gendes, dont beaucoup sont de nature astrologique. Le rĂ©cit d’AthĂ©nĂ©e 8.37, oĂč Atargatis est sottement interprĂ©tĂ©e comme signifiant  » sans Gatis « , le nom d’une reine qui aurait interdit la consommation de poisson, fournit une explication au culte des colombes et Ă  l’abstinence de poisson en Syrie. Ainsi, Diodore de Sicile (2.4.2), citant CtĂ©sias, dĂ©crit comment Derceto tomba amoureuse d’un jeune et devint la mĂšre d’un enfant grĂące Ă  lui, et comment, par humiliation, Derceto se plongea dans un lac prĂšs d’Ascalon, oĂč son corps fut transformĂ© en poisson mais sa tĂȘte resta humaine.

SĂ©miramis, la reine assyrienne, est nĂ©e de l’enfant de Derceto. Selon Hyginus, un Ɠuf tombĂ© du ciel dans l’Euphrate, fut roulĂ© sur terre par des poissons, des colombes se posĂšrent dessus et le firent Ă©clore, et VĂ©nus, la dĂ©esse syrienne, surgit.

L’auteur du Catasterismi a expliquĂ© la constellation de Piscis Austrinus comme Ă©tant le parent des deux poissons qui composent la constellation des Poissons ; selon ce rĂ©cit, elle a Ă©tĂ© placĂ©e dans les cieux en souvenir de la chute de Derceto dans le lac de HiĂ©rapolis Bambyce prĂšs de l’Euphrate en Syrie, dont elle a Ă©tĂ© sauvĂ©e par un gros poisson – ce qui est censĂ© expliquer l’abstinence de la Syrie.

VĂ©nus a pris l’apparence d’un poisson pour se cacher de Typhon, selon les MĂ©tamorphoses d’Ovide (5.331). En revanche, dans ses Fasti (2.459-.474), Ovide dĂ©crit comment Dione, qu’il dĂ©signe sous le nom de VĂ©nus/Aphrodite, fuit Typhon avec son enfant Cupidon/Eros et arrive sur l’Euphrate en Syrie. Craignant Typhon, la dĂ©esse demanda l’aide des nymphes du fleuve et sauta dans le fleuve avec son fils, entendant le vent se lever soudainement. Les Syriens ne mangeront pas de poisson car deux poissons les ont portĂ©s et ont Ă©tĂ© rĂ©compensĂ©s en Ă©tant changĂ©s en la constellation des Poissons.

L’essai de Per Bilde sur Atargatis dans le contexte d’autres grandes dĂ©esses hellĂ©nisĂ©es de l’Orient est une critique actuelle du culte d’Atargatis.

PrĂȘtrise

Des prĂȘtres eunuques vĂ©nĂ©raient Atargatis dans tout l’Empire romain. Semblables aux prĂȘtres Galli de CybĂšle. Les prĂȘtres eunuques servaient l’image d’une femme Ă  queue de poisson au sanctuaire de SĂ©miramis Ă  HiĂ©ropolis. Jouer de la flĂ»te et agiter des hochets faisaient partie des rituels de la dĂ©esse. De jeunes garçons Ă©taient castrĂ©s pour devenir des prĂȘtres du temple travestis et accomplissaient ensuite des activitĂ©s normalement accomplies par des femmes lors d’un rite.

prêtre d'Atargatis
Buste d’un prĂȘtre d’Atargatis, IIIe siĂšcle aprĂšs J.-C., MusĂ©es du Capitole

À proximitĂ©, se trouvait le lac ou l’Ă©tang requis, rempli de poissons prĂ©cieux que personne n’Ă©tait autorisĂ© Ă  consommer, ainsi que les colombes sacrĂ©es d’Atargatis. ApulĂ©e dĂ©peint les prĂȘtres comme des mendiants qui se dĂ©plaçaient sur le dos d’un Ăąne portant une image de la dĂ©esse drapĂ©e dans un vĂȘtement de soie. Lorsqu’ils arrivaient dans une propriĂ©tĂ© rĂ©ceptive ou sur la place d’un village, ils organisaient un rite exubĂ©rant pour attirer la foule et obtenir des cadeaux. Les prĂȘtres Ă©taient dĂ©crits comme effĂ©minĂ©s, avec un maquillage Ă©pais, des turbans sur la tĂȘte et des vĂȘtements de soie et de lin de couleur safran, d’autres portant des tuniques blanches Ă  rayures violettes.

Ils criaient et dansaient frĂ©nĂ©tiquement au son des flĂ»tes, tournaient autour d’eux, le cou courbĂ© de façon Ă  ce que leurs longs cheveux s’envolent, se mordaient la chair et se coupaient les bras avec des couteaux jusqu’au sang, dans une fureur extatique.

Selon le rĂ©cit de Lucian, la reine assyrienne Stratonice a eu une vision lui indiquant qu’elle devait construire un temple Ă  la dĂ©esse Ă  HiĂ©ropolis, et le roi l’y a envoyĂ©e avec un jeune homme nommĂ© Combabus pour mener Ă  bien cette mission. Combabus s’est castrĂ© et a enfermĂ© ses organes gĂ©nitaux dans une boĂźte aprĂšs avoir appris la notoriĂ©tĂ© de la reine.

Lorsque la reine est tombĂ©e amoureuse de Combabus et a cherchĂ© Ă  le sĂ©duire, il a rĂ©vĂ©lĂ© sa mutilation, mais cela ne l’a pas empĂȘchĂ©e de vouloir ĂȘtre avec lui tout le temps. Combabus a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©, reconnu coupable et condamnĂ© Ă  mort lorsque Stratonice et Combabus sont rentrĂ©s chez eux, et qu’elle l’a accusĂ© d’avoir tentĂ© de la sĂ©duire. Le roi a cĂ©dĂ© et a fĂ©licitĂ© Combabus pour sa loyautĂ© aprĂšs que Combabus ait exigĂ© la boĂźte scellĂ©e pour Ă©tablir son innocence. Le temple fut terminĂ© et la statue de Combabus fut placĂ©e Ă  l’intĂ©rieur. On dit que c’est la genĂšse de la pratique de la castration par les prĂȘtres du temple.

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Un autre rĂ©cit attribuĂ© Ă  Combabus prĂ©tend qu’une femme Ă©trangĂšre qui avait pĂ©nĂ©trĂ© dans une assemblĂ©e sacrĂ©e fut follement captivĂ©e par une forme humaine d’une beautĂ© exceptionnelle vĂȘtue d’habits d’homme et se suicida aprĂšs avoir appris qu’il s’agissait d’un eunuque. DĂ©sespĂ©rĂ© par son incapacitĂ© Ă  aimer, Combabus s’est dĂ©guisĂ© en femme, afin qu’aucune femme ne soit trompĂ©e de la mĂȘme maniĂšre Ă  l’avenir.

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